Blog destiné aux enfants avec coloriages, jeux, poésie, lectures, etc.
A la rentrée de septembre 1953 nous n'étions que six élèves dans la petite école privée de notre village, dont ma sœur, qui avait un peu plus de deux ans, et moi qui en avais quatre.

Tous les enfants rêveraient de fréquenter une telle école hébergée dans une villa, Les Buissonnets. Après avoir franchi la grille, nous traversions un terrain planté de grands arbres, peut-être des tilleuls. A droite de l'enclos était tapie la maisonnette de la gardienne des lieux, Babette. Pour accéder jusqu'à notre classe, il fallait grimper la dizaine de marches du perron, puis longer un couloir et entrer dans la pièce à gauche. Notre institutrice, que nous appelons avec révérence Chère Soeur, nous y accueillit. A travers les fenêtres nous pouvions contempler les pelouses sous la ramure, cernées de buissons et de taillis. Les jours de pluie nous descendions jouer dans l'entresol où nous attendaient trottinettes, tricycles et jeux divers.

De ce temps lointain ma mémoire a gardé l'empreinte profonde de la première rencontre avec le milieu scolaire. Des odeurs, surtout. Celles mêlées des crayons de bois, du papier des livres neufs et de la cire du plancher. Je me souviens d'une ambiance paisible, gaie, sous la houlette souriante et ferme de notre institutrice. Plusieurs traits me frappèrent aussitôt chez la Chère Soeur : une grosse tête, des sourcils noirs épais et des grands yeux foncés.
